Taxes US : les vins et spiritueux français appellent à la négociation
Comme l’ensemble des produits français exportés outre-Atlantique, la filière viticole française est impactée par les 20 % de surtaxe décrétés par les États-Unis, dont le marché représente près de 25 % des produits viticoles exportés sous indications géographiques (AOC et IGP). Conséquences ? Un potentiel recul des exportations représentera un manque à gagner de plusieurs centaines de millions d’euros et mettra en péril des milliers d’exploitations viticoles et des pans entiers des territoires ruraux. Un tel recul aura un impact énorme sur l’économie française.
« L’an dernier, c’est environ 3,8 milliards d’euros de vins et spiritueux qui ont été exportés vers les États-Unis, indique la CNAOC (Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie à appellation d’origine contrôlée) ». Nous sommes très dépendants de ce marché à court terme. Nous le sommes doublement, car la viticulture française a déjà un genou à terre : inflation, aléas climatiques, baisse de la consommation. Le nombre de cessations d’activité est très préoccupant ; nous avons déjà procédé à l’arrachage de près de 50 000 ha de vignes en France. »
Une onde de choc à plusieurs vitesses selon les régions et les produits
Toutes les régions viticoles ne seront pas impactées de la même manière. « Pour les eaux-de-vie (Cognac et Armagnac), c’est une catastrophe d’une ampleur inimaginable. En addition du conflit avec la Chine, ces taxes vont mettre en très grande difficulté notre filière, avec un risque de cessations d’activité en chaîne en Charente notamment », souligne Anthony Brun, vice-président de la CNAOC et président de l’UGVC à Cognac.
La filière des vins de Bordeaux est également très touchée par ce niveau de taxe. « Les États-Unis sont notre premier marché à l’exportation en volume et en valeur (près de 30 millions de bouteilles pour plus de 435 millions d’euros). L’impact commercial de cette taxe ne peut être évalué à ce stade, même si l’on constate, depuis plusieurs semaines, des annulations ou blocages de commandes auprès des exportateurs », explique Jean-Marie Garde, secrétaire général adjoint de la CNAOC et président de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux.
Sur le plan économique, ce n’est pas seulement une mauvaise nouvelle pour les vignerons français, ça l’est pour toute la filière, qui génère 440 000 emplois directs et indirects pour les vins et 70 000 emplois pour la filière des spiritueux. L’ensemble de l’écosystème viticole (les fabricants de bouteilles, les fabricants d’étiquettes, de cartons, les services de transport et de logistique) va se trouver affecté par ce manque à gagner. De même que tout le système de distribution de vin aux États-Unis, de l’importateur au détaillant, jusqu’aux restaurateurs et aux consommateurs américains : personne n’en sortira gagnant. « Certaines entreprises pourront peut-être s’adapter en rognant sur leur marge et trouver un accord avec leur importateur : encore faut-il tenir sur la durée », ajoute Jérôme Bauer, président de la CNAOC.
Régler ce conflit dont la filière est otage par un dialogue apaisé
Le Président américain a déclaré ce week-end sur la chaîne américaine NBC News « être ouvert à des accords avec les pays cherchant à éviter les droits de douane et qu’il pourrait se montrer généreux, si les gens sont prêts à nous donner quelque chose de grande valeur en retour ». De son côté, la Commission Européenne « s’est déclarée prête à engager un dialogue constructif avec les États-Unis », affirmant qu’un engagement continu et une approche positive constituent la meilleure voie à suivre.
« Il est encore temps de négocier, insiste Jérôme Bauer. Nous encourageons avec force la Commission Européenne à ouvrir des négociations justes et apaisées pour nous permettre d’obtenir une baisse de cette taxation, afin de maintenir les flux commerciaux plus que jamais nécessaires dans le contexte que nous vivons. À court terme, nous ne pourrons pas pallier les déficits commerciaux par une ouverture sur des marchés de substitution. Les États-Unis représentent le principal marché en valeur de la filière, il nous faudra des années pour arriver à trouver un niveau de valorisation égal dans d’autres pays. Plutôt que d’utiliser la filière vins et spiritueux comme un objet de rétorsion tarifaire, nous appelons de nos vœux à des solutions gagnantes-gagnantes qui tendent vers le neutre 0-0 de chaque côté de l’Atlantique.
La Fédération des exportateurs de Vins et Spiritueux de France (FEVS) souligne elle aussi l’importance de conserver un dialogue bilatéral ouvert et constructif sur les sujets de commerce transatlantique. « Depuis trente ans, les spiritueux ont opté pour l’élimination complète des droits de douane entre les États-Unis et l’Union Européenne, au bénéfice des producteurs des deux côtés de l’Atlantique, rappelle son président Gabriel Picard. Nous pouvons faire de même pour les vins : nous avons proposé à la Commission européenne un Reciprocal And Fair Trade Agreement on Wines and Spirits. Nous souhaitons que la Commission l’intègre dès maintenant dans son agenda positif de discussion avec les États-Unis, de sorte qu’avec les spiritueux, les vins participent à la construction d’une relation commerciale positive entre les États-Unis et l’Union européenne ».
La CNAOC intervient à l’intergroupe Vins et Spiritueux au Parlement européen ce jeudi 3 avril, qui consacre son ordre du jour exclusivement à ce conflit géopolitique. « Nous savons pouvoir compter sur nos eurodéputés, dit Jérôme Bauer, pour appuyer avec force notre appel à la négociation positive auprès de la Commission européenne. »